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Dijon

Dijon dans l'histoire

D'abord castrum romain, Divio (Dijon) fut choisi au début du VIe siècle comme lieu de résidence de l'évêque de Langres, dont la cité dépendait. Sa situation, au carrefour des routes menant vers Toul et Metz ou vers Paris depuis le sud lui assure un développement que favorise en outre cet important centre de vie spirituelle et liturgique qu'est l'abbaye Saint-Bénigne. L'évêque, cependant, rejoint Langres au IXsiècle et en dépit de son importance politique, économique et démographique, Dijon ne devient un évêché qu'en 1731 par décision du pape Clément XII. Sous les Capétiens, Dijon est le noyau du pouvoir ducal et sa principale assise territoriale. La ville est la capitale des "Pays de par-delà", comme on appelle au XVe siècle la partie méridionale du duché des Valois (1363-1477), qui se superpose plus ou moins à l'actuelle région Bourgogne.

Bibliographie et ressources

-Laurent Pelletier, "Dijon : l'éveil de l'archéologie urbaine", Archéologia, 278 (Avril 1992), p. 24-35.

-Jean-François Bazin, Histoire de Dijon, Paris, 2001.

-Vidéo de 4'55 sur quatre monuments de Dijon. Visite guidée par un architecte :

 

Abbaye Saint-Bénigne (XIe-XIVe siècle)

Dijon - Ancienne abbatiale Saint-Bénigne (aujourd'hui cathédrale)
Dijon - Ancienne abbatiale Saint-Bénigne (aujourd'hui cathédrale)

Un établissement religieux et un centre de pèlerinage actif

Le complexe monastique est associé à des traditions médiévales hagiographiques relatives à la christianisation du territoire aujourd'hui connu sous le nom de Bourgogne. Jusqu'au début du VIe siècle, Dijon ne se prévalait d'aucun culte rendu à un quelconque martyr ou saint confesseur. Toutefois, Grégoire, évêque de Langres (v. 506-539/41), fixa son attention sur une tombe dépourvue de symboles chrétiens. Son occupant anonyme, réputé faire des miracles, avait pour ce motif été nommé Benignus, le "Bien Bon". Si Grégoire évoque le silence épigraphique comme un signe de prudence de la part des premiers chrétiens, qui auraient ainsi voulu ne pas trop attirer l'attention d'un pouvoir romain alors hostile à la nouvelle religion (IIe-IIIe siècle), il est également possible que cette tombe ait été celle d'un païen auquel la postérité aurait ainsi rendu bien involontairement un honneur pour le moins paradoxal. Grégoire fit en tout cas édifier une crypte vers 535 pour y installer les reliques de Bénigne. Le cycle hagiographique bénignien fait de ce missionnaire un compagnon des saints lyonnais envoyés en Gaule par Polycarpe de Smyrne, un disciple de saint Jean, pour évangéliser le territoire (IIe siècle). Grégoire de Langres n'est pas seulement à l'origine d'une tradition puisant aux sources du christianisme primitif. Il crée un lieu de pèlerinage qu'il confie à une communauté religieuse. Cette fondation épiscopale se concrétisa par un établissement dans lequel les chants de l'office monastique ne se tairaient qu'en 1791 : l'abbaye Saint-Bénigne.

Dijon - Abbaye Saint-Bénigne : la crypte (début XIe siècle)
Dijon - Abbaye Saint-Bénigne : la crypte (début XIe siècle)

Saint-Bénigne dans le mouvement de la réforme monastique des Xe-XIe siècles

Grégoire fit donc construire une crypte-mausolée ainsi qu'une église dont on ne sait presque rien, même si quelques éléments en ont été reconnus par les archéologues. Cette église mérovingienne fut remplacée à l'époque carolingienne par l'évêque Isaac (v. 858-880). C'est ce dernier qui imposa en 869 la règle bénédictine à Saint-Bénigne, en conformité avec les termes du synode d'Aix-la-Chapelle (817) qui avait promu dans l'Empire la règle de saint Benoît de Nursie (rédigée vers 530/540 en Italie). Celle-ci, appréciée pour son équilibre, était encore loin d'avoir été adoptée partout à cette date, bien qu'elle ait atteint la Gaule dès les années 620 et soit déjà attestée à Autun sous l'épiscopat de saint Léger (663-677). L'un des moments les plus importants dans l'histoire de l'abbaye Saint-Bénigne est cependant l'arrivée de douze moines clunisiens en 989. Parmi eux figurait Guillaume de Volpiano ou Guillaume de Dijon (962-1031), un piémontais, fils du comte de Volpiano, qui avait fréquenté les écoles de Pavie et avait complété sa formation monastique à Cluny. Nommé abbé de Saint-Bénigne dès 990 et doté d'un fort caractère, Guillaume était l'homme de la situation pour réformer cette abbaye qui comptait alors plusieurs dizaines de moines. Il s'inspira certes des coutumes de Cluny, mais voulut maintenir l'indépendance de son établissement.

Le monachisme connaissait de toute manière depuis la première moitié du Xe siècle des tentatives de réforme, notamment en Lotharingie. Les conséquences des invasions, de la pratique de l'abbatiat laïque (beaucoup d'établissements ont été fondés par des membres de l'aristocratie ou par les familles royales qui en confient la gestion à des laïcs, certains, parmi eux, étant bien entendu tentés de jouir des biens monastiques aux dépens de la communauté), mais aussi la simple incurie et le relâchement avaient rendu nécessaire la reprise en main de nombreux monastères. La fondation de l'abbaye de Brogne, dans le Namurois (Belgique actuelle), en 919 par un noble du nom de Gérard, avait signé le début d'un mouvement de grande ampleur au moment où, à Cluny, l'abbé Bernon initiait de son côté un mouvement qui connaîtrait un profond retentissement. Dès 934, Saint-Èvre de Toul, Saint-Maximin de Trèves et Gorze sont réformés. La Vie de Jean (de Vandières) abbé de Gorze, rédigée entre 974 et 980 par Jean de Saint-Arnoul, donne un aperçu précis de ce mouvement à Gorze même. Le mouvement s'étend à plusieurs établissements de Lotharingie autour de Metz et Toul. Justement, Brun de Roucy, évêque de Langres, avait des attaches familiales à Reims, non loin de là. La réforme de Brogne s'étendait de son côté jusqu'en Picardie et en Normandie. Le rôle de certains évêques (Richer de Liège, Adalbéron Ier de Metz et Gauzelin de Toul) dans la promotion de la réforme fut considérable. Celle-ci s'inspirait des coutumes de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire), un établissement réformé par Cluny en 931.

Brun de Roucy, qui avait suivi à Reims les leçons de Gerbert avant que ce dernier ne devînt le pape de l'an mil (Silvestre II), avait été nommé évêque de Langres par le roi Lothaire (980). Il n'avait alors que vingt-quatre ans, plus ou moins. Brun s'inscrivait dans cet élan qui le poussa à faire appel à Guillaume de Volpiano pour réformer Saint-Bénigne. Le moine clunisien répondit favorablement. La réforme de Saint-Bénigne s'inscrivit ainsi dans les réseaux réformateurs qui reliaient Cluny à Fleury et à la Lotharingie, même si le mouvement, à l'origine, toucha surtout l'Empire germanique. Le rôle de Cluny n'implique d'ailleurs nullement une tentative des établissements religieux concernés de prendre de la distance à l'égard des autorités épiscopales et laïques. Il se distingue ainsi nettement du réseau clunisien. La personnalité énergique de Guillaume le fit désigner pour réformer une série d'établissements : Saint-Pierre de Bèze, Moutiers-Saint-Jean, Tonnerre, Saint-Vivant de Vergy en Bourgogne, Saint-Arnoul de Metz, Saint-Èvre de Toul, Gorze et Moyenmoutiers en Lotharingie, La Trinité de Fécamp et Jumièges en Normandie et même Saint-Germain-des-Prés à Paris, en territoire capétien.

Une nouvelle basilique

Dans ce contexte, Guillaume décida de relever le lustre de l'établissement en faisant reconstruire l'abbatiale avec l'aide de l'évêque de Langres, autorité dont relevait le monastère. Pour ce faire, il s'inspira des traditions carolingienne, ottonienne et italienne. La basilique qu'il fit édifier comportait à l'ouest un atrium prolongé par une abside occidentale conforme à la tradition germanique. Plus à l'est, une nef précédait un transept et un sanctuaire terminé par une rotonde dont subsiste la crypte qui, alors, n'était pas enterrée. Cette rotonde, un type de crypte hors-oeuvre d'abord illustrée par les cryptes de Saint-Germain d'Auxerre (841-875), comportait trois niveaux et débouchait, plus à l'est encore, sur un massif composé de la chapelle Saint-Jean-Baptiste et de l'oratoire Sainte-Marie toujours en élévation. Ce dernier massif a été largement repris au XIIe siècle.

Dijon - Abbaye Saint-Bénigne -Oratoire Sainte-Marie (IXe-XIIe siècle)
Dijon - Abbaye Saint-Bénigne -Oratoire Sainte-Marie (IXe-XIIe siècle)

Cet ensemble basilical couronné par huit tours a étonné les contemporains. Le chroniqueur Raoul Glaber (v. 985-1047), auteur des Historiae, fut moine à Saint-Bénigne au temps de Guillaume de Volpiano. Il écrivit une Vie de saint Guillaume, abbé de Dijon, dans laquelle il évoque "la plus admirable des basiliques de la Gaule". L'édifice mesurait en effet quelque cent mètres de long (dont soixante-deux mètres pour l'église seule). Nef et bas-côtés étaient probablement charpentés et non voûtés. Au-delà des dimensions, la rotonde lui conférait un aspect très particulier dans l'environnement architectural de la Gaule à cette époque, bien qu'elle s'insérât dans la tradition bourguignonne et puisât aux origines tardoantiques des édifices chrétiens et du Panthéon à Rome, selon Carolyn Marino Malone. D'ailleurs, vers 990-1010, sous l'abbé Heldric, on reconstruisait également la rotonde circulaire carolingienne de l'abbaye Saint-Pierre de Flavigny. Mais à Saint-Bénigne, de manière innovante, un puits de lumière et des tours d'escaliers latérales (surélevées d'un étage au XIIe siècle) reliaient les étages. Les voûtes d'arêtes voisinant avec des doubleaux, les arcatures aveugles (déjà présentes dans des arcades à Ravenne aux Ve-VIe siècles) et les bandes lombardes indiquent cependant un mode de construction provenant d'Italie du nord et nouveau dans la région. L'église Santo Stefano de Vérone, notamment, semble avoir constitué l'une des sources d'inspiration de Guillaume de Volpiano. On pourrait aussi évoquer la crypte Santa Maria Assunta d'Aoste (fin Xe siècle).

C'est notamment l'association de cette rotonde, prolongée par des chapelles axiales, avec une abside occidentale issue de la tradition carolingienne et ottonienne qui a dû surprendre, comme le note encore Carolyn Marino Malone. La rotonde était dotée de trois étages : l'étage inférieur dédié à Jean-Baptiste, le second (avec lequel communiquait le sanctuaire) à Marie et le dernier à la Trinité. L'ensemble a été démantelé en 1792, mais la crypte, alors comblée, a été dégagée au XIXe siècle et restaurée en 1858 par Eugène Viollet-Le-Duc, qui a notamment reconstruit les voûtes centrales reposant sur huits ogives couvrant l'espace octogonal. Toutes les voûtes ont été reconstruites à l'exception de celles de la chapelle sud du bras sud de la crypte (début du XIe siècle). L'espace central est enveloppé par un double déambulatoire voûté. La consécration de l'abbatiale a lieu en 1016 et celle de la rotonde (alors achevée) en 1018, mais les travaux de l'abbaye se prolongèrent durant la plus grande partie du XIe siècle.

Dijon - Abbaye Saint-Bénigne : chapiteau de la crypte (début XIe siècle)
Dijon - Abbaye Saint-Bénigne : chapiteau de la crypte (début XIe siècle)

C'est ici, dans la crypte, que la sculpture figurative semble faire sa réapparition en Bourgogne, en particulier sur les chapiteaux ornés d'orants. Ces derniers s'inspirent d'un type de chapiteau cubique bien attesté en Italie du nord au Xe siècle. L'atelier a d'ailleurs travaillé peu après, vers 1030 probablement, au chevet de l'église Notre-Dame de Salmaise, où l'on reconnaît son style. Les vicissitudes n'ont pas épargné l'abbaye : en 1100, une tour chute et en 1137 l'abbatiale est dégradée par un grand incendie. L'édifice est alors restauré. Il subit des modifications assez nombreuses, notamment au niveau de l'entrée de la crypte, mais n'est pas pour autant reconstruit. Une autre consécration a tout de même lieu en 1147. De cette époque date la construction d'un narthex, lui-même aujourd'hui disparu. En 1271 encore, c'est la grosse tour de l'abbatiale qui tombe sur la nef romane. Cette fois-ci, les travaux sont presque entièrement repris sur nouveaux frais. La reconstruction de l'abbatiale commence en 1281. L'abbé Hugues d'Arc (1269-1300) y joue un rôle très important. Pour l'essentiel, l'abbatiale, désormais gothique, est achevée aux environs de 1330, mais les travaux se poursuivent encore longtemps après. D'ailleurs, la dédicace solennelle de l'église n'a lieu qu'en 1393.

Dijon - Abbatiale Saint-Bénigne (aujourd'hui cathédrale) : le choeur (fin du XIIIe siècle)
Dijon - Abbatiale Saint-Bénigne (aujourd'hui cathédrale) : le choeur (fin du XIIIe siècle)

Les autres bâtiments monastiques

Dijon - Abbaye Saint-Bénigne : le scriptorium (XIe siècle)
Dijon - Abbaye Saint-Bénigne : le scriptorium (XIe siècle)

Des bâtiments monastiques, on peut encore visiter la salle capitulaire (capitulum), le parloir (auditorium), ce qui était probablement le chauffoir (calefactorium) et la salle des moines (sans doute le scriptorium) reposant sur des piliers ronds à triangles renversés aux angles que l'on doit rapprocher de ceux de l'église de Chapaize (Saône-et-Loire). Ils datent de la première moitié du XIe siècle et font de Saint-Bénigne l'un des ensembles monastiques les plus anciens de France encore en élévation ainsi qu'un témoignage remarquable des techniques de bâti de l'art roman lombard. Le dortoir des moines, édifié sans doute durant la seconde moitié du XIIIe siècle (mais modifié au XVe siècle), conserve son mur nord extérieur d'origine (XIe siècle). C'est une grande salle divisée en trois nefs et voûtée d'ogives. Elle abrite les collections médiévales du Musée archéologique, celles relatives à la période gallo-romaine étant présentées dans les salles inférieures, construites au XIe siècle. L'ensemble était organisé autour d'un quadrilatère claustral édifié sous l'abbé Halinard (1031-1052), modifié au XIIe siècle et situé au nord de l'église, contrairement à l'usage qui voulait qu'on édifie le cloître au sud. Ce dernier a été en grande partie détruit en 1680. L'aile est du cloître a cependant été conservée. Deux superbes tympans romans du milieu du XIIe siècle ont été sauvés des destructions : il s'agit du Christ en gloire tenant un livre, entouré des symboles des évangélistes et des anges (un tympan de l'ancien cloître roman). On conserve aussi le tympan de la Cène, qui provient de l'ancien réfectoire roman.

Dijon - Abbaye Saint-Bénigne : le dortoir des moines (début XIIIe siècle)
Dijon - Abbaye Saint-Bénigne : le dortoir des moines (début XIIIe siècle)

Bibliographie

-Wilhelm Schlink, Saint-Bénigne in Dijon. Untersuchungen zur Abteikirche Wilhelms von Volpiano, 962-1031, Berlin, 1978.

-Christian Sapin, "Saint-Bénigne de Dijon et les cryptes à rotonde au haut Moyen Age, dans Monique Jannet, Christian Sapin, Guillaume de Volpiano et l’architecture des rotondes, actes du colloque de Dijon (23-25 sept. 1993), Dijon, 1996, p. 257-274.

-Monique Jannet-Vallat, Fabienne Joubert (dir.), Sculpture médiévale en Bourgogne. Collection lapidaire du Musée archéologique de Dijon, Dijon, 2000.

-Carolyn Marino Malone, Saint-Bénigne et sa rotonde. Archéologie d'une église bourguignonne de l'an mil, Dijon, 2008.

-Noëlle Deflou-Leca, "Réforme et réseaux de dépendances dans le monachisme post-carolingien", dans Dominique Iogna-Prat et alii, Cluny. Les moines et la société au premier âge féodal, Renne, 2013, p. 53-61.

-Jean-Pierre Roze, L'abbaye Saint-Bénigne de Dijon, Dijon, 2014.

 

L'église Notre-Dame (v. 1220-v. 1240)

Dijon - Eglise Notre-Dame (XIIIe siècle) : vue partielle de la façade
Dijon - Eglise Notre-Dame (XIIIe siècle) : vue partielle de la façade
Dijon - Eglise Notre-Dame - Le porche ajouré (XIIIe siècle)
Dijon - Eglise Notre-Dame - Le porche ajouré (XIIIe siècle)
Dijon - Eglise Notre-Dame - Le tympan central martelé en 1794.
Dijon - Eglise Notre-Dame - Le tympan central martelé en 1794.

 

Cette église paroissiale, véritable chef-d'oeuvre du gothique bourguignon et du gothique classique en général, mérite absolument le détour. Édifiée pour l'essentiel entre 1220 et 1240 à la place d'une église romane du XIIe siècle, elle accueille le visiteur par une façade-écran des plus originales, dans laquelle Denise Borlée reconnaît des similitudes avec certaines façades de Toscane. C'est de toute manière une façade unique dans le gothique français. Les trois arcades du premier niveau ouvrent sur un narthex abritant des tympans hélas mutilés qui autorisent un rapprochement avec la sculpture contemporaine de Chartres. Aux deux niveaux supérieurs de la façade, deux rangées d'arcatures reposent sur d'élégantes colonnettes. La plupart des gargouilles ont été refaites au XIXe siècle. L'élévation à trois niveaux signe le caractère très classique de l'édifice, tandis que l'usage de la voûte sexpartite dans la nef constituait déjà un parti ancien en 1220. En revanche, le maître-d'oeuvre innove au moyen des passages intérieurs devant les fenêtres hautes du choeur, au-dessus de la galerie de triforium. Le choeur n'a pas de déambulatoire. On doit noter que la croisée du transept a été refaite au XIXe siècle : sa voûte a notamment été surélevée (elle était au même niveau que les voûtes de la nef avant cela).

Dijon - Eglise Notre-Dame (v. 1220-1240)
Dijon - Eglise Notre-Dame (v. 1220-1240)
Dijon - Eglise Notre-Dame - Le choeur
Dijon - Eglise Notre-Dame - Le choeur
Dijon - Eglise Notre-Dame - La nef
Dijon - Eglise Notre-Dame - La nef

L'église Notre-Dame conserve quelques vitraux du XIIIe siècle dans les baies du bras nord du transept ainsi qu'une statue en bois de Notre-Dame du Bon Espoir (XIe ou XIIe siècle) dans le croisillon sud du transept. La statue a été peinte en noir au XVe ou XVIe siècle. Cette église a eu une influence sur d'autres édifices de Bourgogne, en particulier à Notre-Dame de Semur-en-Auxois, Notre-Dame d'Auxonne et au choeur de Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône.

Dijon - Eglise Notre-Dame (v. 1220-v. 1240) : la Vierge noire (XIIe siècle)
Dijon - Eglise Notre-Dame (v. 1220-v. 1240) : la Vierge noire (XIIe siècle)
Dijon - Eglise Notre-Dame - Seule verrière du XIIIe siècle subsistante (croisillon nord)
Dijon - Eglise Notre-Dame - Seule verrière du XIIIe siècle subsistante (croisillon nord)
Dijon - Eglise Notre-Dame : vitrail représentant les forgerons au travail (XIIIe siècle)
Dijon - Eglise Notre-Dame : vitrail représentant les forgerons au travail (XIIIe siècle)

L'horloge ou Jacquemart installé dans un campanile flanquant la tour sud de l'église a été rapatrié de Courtrai en 1382 par la volonté du duc Philippe le Hardi après que ce dernier a maté une rébellion de cette impétueuse ville du nord. Quant à la fameuse chouette ornant une pierre d'un contrefort d'une chapelle de l'église au chevet, elle ne date que de la fin du XVe siècle. Son usure s'explique par le fait que les passants ont pris l'habitude de la toucher de la main en faisant un voeu. Le visiteur est aujourd'hui guidé vers elle par un marquage au sol à proximité de Notre-Dame.

Dijon - Eglise Notre-Dame : la chouette, sculptée au chevet de l'église (XIIIe s.)
Dijon - Eglise Notre-Dame : la chouette, sculptée au chevet de l'église (XIIIe s.)

Bibliographie

-Dominique Viaux, La vie paroissiale à Dijon à la fin du Moyen Âge, Dijon, 1988.

-Jacques Berlioz, Saints et damnés. La Bourgogne du Moyen Âge dans les récits d'Étienne de Bourbon, inquisiteur (1190-1261), Dijon, 1989.

-Denise Borlée, La sculpture figurée du XIIIe siècle en Bourgogne, Strasbourg, 2011.

-Ead., "Des clercs et des bourgeois à l'origine de l'église Notre-Dame de Dijon ?", dans Sulamith Brodbeck, Anne-Orange Poilpré, La culture des commanditaires. l'oeuvre et l'empreinte, Paris, 2015, p. 123-140.

 

Le Palais des ducs (XIVe-XVe siècle)

Dijon - Palais des Ducs : Tour Neuve (1365)
Dijon - Palais des Ducs : Tour Neuve (1365)

Nouvellement installé dans sa fonction de duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, un fils du roi Jean le Bon qui s'était illustré lors de la bataille de Poitiers contre les Anglais (1356), décida de remanier l'ancien palais des ducs capétiens. Il construisit en particulier la Tour de Bar toujours en élévation (1365). Mais c'est surtout Philippe le Bon qui donna à l'ensemble une dimension considérable avec la construction des cuisines, dotées de cheminées doubles (v. 1433), de la grande salle (v. 1450) où sont exposés les tombeaux des ducs, du logis ducal (par l'architecte Pierre Poncelet v. 1450) et de la Tour Philippe le Bon, haute de 46 mètres (v. 1460). Ce complexe est devenu le Palais des États de Bourgogne en 1679. Il abrite aujourd'hui le Musée des Beaux-Arts de Dijon. Pour mieux se rendre compte de ce que pouvait être la vie quotidienne des ducs, il faut aussi visiter leur demeure de plaisance rurale de Germolles, sur la commune de Mellecey en Saône-et-Loire.

Bibliographie

-Françoise Baron, Les tombeaux des ducs de Bourgogne : création, destruction, restauration, Paris-Dijon, 2009.

-La cour de Bourgogne et l'Europe : le rayonnement et les limites d'un modèle culturel, Actes du colloque international tenu à Paris les 9, 10 et 11 octobre 2007, Ostfildern, 2013.

-Diaporama en libre accès sur les tombeaux des ducs.

 

La Chartreuse de Champmol (fin XIVe-début XVe siècle) et le Puits de Jacob. 

Dijon - Puits de Moïse (v. 1400)
Dijon - Puits de Moïse (v. 1400)

Témoignage éclatant de la dévotion princière à la fin du Moyen Âge, la Chartreuse de Champmol a été fondée par le duc Philippe le Hardi (1363-1404) en 1384 et choisie par disposition testamentaire (1386) comme lieu de sa sépulture. Rappelons que les ducs capétiens se faisaient, quant à eux, inhumer au monastère de Cîteaux. Ce choix est donc un acte très symbolique de la part du duc Valois, qui rompt en cela avec la dynastie précédente. La construction de cet ensemble attribué à l'architecte Drouet de Dammartin (mort en 1413) s'est prolongée jusqu'en 1410. Les meilleurs sculpteurs de la cour ducale s'y sont succédés : Jean de Marville (jusqu'en 1389), puis Claus Sluter (jusqu'en 1404), enfin Claus de Werve, neveu du précédent. Les bâtiments conventuels ont fait l'objet de reconstructions au XVIIIe siècle, puis ont été détruits à la Révolution. L'église d'origine, elle-même, n'a pas survécu, à l'exception du portail où l'on peut admirer le couple ducal présenté par saint Jean-Baptiste et sainte Catherine à la Vierge tenant l'Enfant. L'étonnant réalisme de l'oeuvre (les traits du duc et de la duchesse ont été respectés) et l'émotion intense qui s'en dégage à travers les regards et l'attitude des corps caractérisent la sculpture de Claus Sluter, également connu pour un autre chef-d'oeuvre toujours en place au coeur du périmètre de l'ancien cloître détruit : le Puits de Moïse. Les magnifiques tombeaux des ducs, qui avaient été installés dans le choeur de la chapelle, ont été placés dans l'abbatiale Saint-Bénigne en 1792, puis en 1827 dans la salle des gardes du Palais ducal, aujourd'hui Musée des Beaux-Arts. De cet ensemble médiéval en grande partie démoli, on peut encore voir le Puits de Moïse et la façade de la chapelle.

Le portail de la chapelle (1384-1391)

Dijon - Vierge à l'Enfant au trumeau du portail de la chapelle de la Chartreuse de Champmol (v. 1391)
Dijon - Vierge à l'Enfant au trumeau du portail de la chapelle de la Chartreuse de Champmol (v. 1391)
Dijon - Chartreuse de Champmol : saint Jean-Baptiste présente à la Vierge le duc Philippe le Hardi en prière (v. 1391)
Dijon - Chartreuse de Champmol : saint Jean-Baptiste présente à la Vierge le duc Philippe le Hardi en prière (v. 1391)

Le Puits de Moïse (v. 1401-1404) : oeuvre du sculpteur Claus Sluter (v. 1355-1406)

Installée au centre du cloître de la Chartreuse, conformément à la tradition monastique, l'oeuvre conservée, qui était un élément de fontaine, est aussi le socle d'un calvaire aujourd'hui disparu. Le programme répond à une intention symbolique, fruit d'une exégèse typologique : les prophètes sculptés au niveau du socle annoncent le Christ rédempteur qui les surmontait.

Dijon - Puits de Moïse (v. 1400)
Dijon - Puits de Moïse (v. 1400)
Dijon - Puits de Moïse (v. 1400)
Dijon - Puits de Moïse (v. 1400)
Dijon - Puits de Moïse (v. 1404)
Dijon - Puits de Moïse (v. 1404)

Bibliographie

-Pierre Quarré, La Chartreuse de Champmol, foyer d'art au temps des ducs Valois, Dijon, 1960.

 

Maisons médiévales (XIIIe-XVIe siècle)

Dijon - Hôtel Aubriot - Baies géminées sous arc formeret (fin du XIIIe siècle)
Dijon - Hôtel Aubriot - Baies géminées sous arc formeret (fin du XIIIe siècle)

Il faut d'abord signaler l'hôtel Aubriot (fin du XIIIe siècle), demeure gothique qui a toutefois été largement remontée en 1908 avec le matériel ancien. Dijon conserve aussi de nombreuses maisons en pierre, à pans de bois et à encorbellement des XIVe-XVIe siècles dans le vieux quartier. Les très belles façades à colombages de la rue Verrerie, en particulier, donnent un cachet médiéval très accentué à ce quartier de la ville.

Dijon - Maisons à pans de bois, rue Verrerie (XVe siècle)
Dijon - Maisons à pans de bois, rue Verrerie (XVe siècle)
Dijon - Maisons à pans de bois, rue Verrerie (XVe siècle)
Dijon - Maisons à pans de bois, rue Verrerie (XVe siècle)

Bibliographie et ressources en ligne sur l'habitat urbain :

-Yves Esquieu, "La maison médiévale urbaine en France : état de la recherche", Bulletin Monumental, 153 (1995), p. 109-142. Article en ligne sur Persée.

-On peut également conseiller ce document à destination d'un public scolaire sur la construction des maisons à pans de bois : document en ligne.