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Autun

Autun - Tympan central (sculpteur Gislebertus ? - v. 1140)
Autun - Tympan central (sculpteur Gislebertus ? - v. 1140)

Autun dans l'histoire de la Bourgogne et de l'Occident médiéval

La 'civitas' gallo-romaine

César a vaincu la Gaule (52 av. J.-C.) à Alésia (Alise-Sainte-Reine, en Côte d'Or, selon l'hypothèse de localisation la plus couramment admise). Même les Éduens, peuple gaulois allié aux Romains et centré sur le Morvan, ont combattu aux côtés de Vercingétorix. Est-ce dans l'espoir de marginaliser leur ancienne capitale Bibracte que l'empereur Auguste fonde en 10 av. notre ère la cité d'Autun (Augustodunum) ? C'est possible. En tout cas, il a vu grand : une enceinte de 6 kilomètres avec deux axes principaux se coupant à angle droit (cardo maximus et decumanus maximus), conformément au plan orthogonal classique de la cité romaine, 4 portes d'entrée dont deux subsistent (Porte d'Arroux et Porte Saint-André), 54 tours, un théâtre (en ruine, mais conservé), un amphithéâtre (disparu), 200 hectares d'espace urbanisable à l'intérieur de l'enceinte...Autun avait même au IIIe et au IVe siècle des écoles de rhétorique et de philosophie prestigieuses, dites "écoles méniennes", où se distingua notamment le rhéteur Eumène (v. 260-v. 311). La cité est alors située sur la voie romaine reliant la cité de Lyon à celle de Rouen par ChalonSaulieuAuxerre et Paris.

Autun - Pierre de Couhars : monument funéraire (Ier s. av. J.-C.)
Autun - Pierre de Couhars : monument funéraire (Ier s. av. J.-C.)
Autun - Porte d'Arroux (Ier siècle)
Autun - Porte d'Arroux (Ier siècle)
Autun - Porte Saint-André (en partie du Ier siècle)
Autun - Porte Saint-André (en partie du Ier siècle)
Autun - Théâtre romain (Ier siècle)
Autun - Théâtre romain (Ier siècle)
Autun - Temple dit "de Janus" (Ier siècle) - Affectation cultuelle antique inconnue
Autun - Temple dit "de Janus" (Ier siècle) - Affectation cultuelle antique inconnue
Autun - Enceinte gallo-romaine
Autun - Enceinte gallo-romaine

La christianisation

Assez tôt, une communauté chrétienne se développa. Le premier évêque d'Autun, Amâtre, a peut-être exercé sa charge vers 270. En tout cas, l'évêque d'Autun Rhéticius (†334) participe au concile d'Arles (314) et saint Jérôme, bibliste de première importance (347-419), a bien connu les productions intellectuelles de ce dernier. Euphronius d'Autun (v. 450-475) bénéficie lui-aussi d'une grande notoriété en Gaule. Saint Martin, évêque de Tours (361-397), accomplit deux passages dans la région avec pour objectif de faire progresser la christianisation. Les premiers chrétiens d'Autun étaient, comme ceux de Lyon avec lesquels des liens ont existé sans qu'il soit pour autant démontré que l'église d'Autun ait été fille de l'Église lyonnaise, des étrangers qui avaient emprunté les axes du grand commerce méditerranéen et ils s'exprimaient en grec. L'inscription de Pectorios, découverte près de Saint-Pierre l'Estrier en 1839 et exposée au Musée Rolin, généralement datée entre la fin du IIIe et le courant du IVe siècle, est d'ailleurs écrite dans cette langue. La plus ancienne nécropole chrétienne, celle des premiers évêques, fut justement Saint-Pierre l'Estrier, localisée extra muros. L'église que l'on peut encore y voir en élévation a été transformée en bâtiment agricole après la Révolution. Des fouilles menées au début des années 1980 ont révélé l'importance du site. Un état carolingien a été restitué, mais l'édifice actuel date d'environ 1020-1030 et doit beaucoup au soutien du roi Robert le Pieux. Les spécialistes y ont découvert l'expression d'une recherche stylistique très poussée, notamment dans l'exécution des chapiteaux, le mode d'utilisation des colonnes venant par ailleurs souligner le caractère antique du lieu.

Autun - Saint-Pierre l'Estrier (XIe s.)
Autun - Saint-Pierre l'Estrier (XIe s.)

Très vaste, le diocèse d'Autun a été divisé au gré des enjeux politiques : ce fut d'abord la création du diocèse de Chalon (dans le courant du Ve siècle ?), puis de celui de Nevers autour de 500, enfin de celui de Mâcon, peut-être vers 530. Dès le Ve siècle, Autun eut un monastère urbain, Saint-Symphorien, du nom d'un martyr dont la Passion fut sans doute composée à cette époque (v. 450 ?). À la fin du VIe siècle trois autres établissements voient le jour : Saint-Martin, Saint-Jean-le-Grand et Saint-Andoche (hôpital ou xenodochium tenu par des religieuses), notamment sous l'impulsion de l'évêque Syagrius (v. 560-v. 599) et de la reine Brunehaut (†613). Syagrius, en particulier, correspond avec le pape Grégoire ler le Grand (590-604). Mais alors, Autun est déjà entré dans les siècles du Moyen Âge.

Autun - Cathédrale et quartier épiscopal
Autun - Cathédrale et quartier épiscopal

Autun médiéval

La cité est attestée comme pagus, c'est-à-dire comme comté, dès le VIIe siècle. Le terme est en usage jusque vers le milieu du XIe siècle. Au Moyen Âge la population d'Autun a diminué par rapport à ce qu'elle fut durant l'Antiquité : d'ailleurs, le castrum clos de mur autour du quartier cathédrale à l'intérieur même de la grande enceinte ne représente qu'une part assez faible de l'espace total intra-muros. Si le royaume de Bourgogne a connu une période d'indépendance ou d'autonomie politique sous les Burgondes (v. 480-534), puis du temps de Brunehaut à la fin du VIe et au début du VIIe siècle, ce n'est plus vraiment le cas après 613 avec la réunification du royaume franc sous Clotaire II (614-629) et Dagobert Ier (629-639). Mais après la mort du roi Dagobert, les tendances autonomistes de l'aristocratie gallo-romaine et burgondo-franque se réveillent avec l'évêque Leodegarius (v. 659-v.677), connu sous le nom de saint Léger. Ce dernier a pris la tête de la résistance de l'aristocratie régionale contre l'influence d'Ebroïn, maire du Palais de Neustrie (quart nord-ouest de la France actuelle à peu près). Ebroïn fait assassiner Leodegarius dans le Pays de Caux. Lui-même est d'ailleurs tué peu après. Saint Léger a fait beaucoup pour instaurer à Autun la règle monastique que l'on appelle "bénédictine" parce que rédigée par Benoît de Nursie (Italie, v. 540). Celle-ci était arrivée en Gaule depuis quelques décennies seulement (v. 620). Léger a tenu un synode (assemblée du clergé) du temps de son épiscopat. La question monastique y fut d'ailleurs prédominante. C'est sous cet épiscopat qu'est mentionnée pour la première fois l'église cathédrale Saint-Nazaire, associée à une église Notre-Dame et probablement à un baptistère, le tout formant le groupe épiscopal. En outre le cartulaire de Saint-Nazaire (ensemble des chartes relatives à la cathédrale) conserve le Testament de saint Léger, par lequel il dote son église d'un certain nombre de biens, pour le soin des pauvres. Les cartulaires de Saint-Symphorien et de Saint-Martin ont également été transmis.

Autun - "Crypte" de Saint-Andoche (Xe siècle)
Autun - "Crypte" de Saint-Andoche (Xe siècle)

Beaucoup de livres d'histoire l'affirment : Autun a souffert du sac des Arabes (725 ou 731), de celui des Normands (887) et enfin des Hongrois vers 936. Hervé Mouillebouche a cependant ruiné deux mythes tenaces dans des articles importants : celui des Sarrasins et celui des Hongrois, en démontrant qu'Autun devait surtout ses dévastations du VIIIe siècle aux Francs venus du nord, non aux Arabes, et que les Hongrois n'ont pas mis les pieds en Bourgogne actuelle. En revanche, les Vikings se sont bel et bien présentés ! Les moines de Noirmoutier les ont même fuis pour trouver refuge à Tournus (875). C'est du reste pour lutter contre eux que l'empereur Charles le Gros (†888) nomme Richard, comte d'Autun (†921), marquis à la tête d'un ducatus (duché), un territoire à défendre : la Bourgogne (Burgundia). Sous les Carolingiens, Autun connaît de remarquables évêques : Modoin (813-840), un poète de la Renaissance culturelle carolingienne, Jonas (850-866) et Adalger (874-893). Les évêques font copier des manuscrits à Flavigny et au monastère Saint-Georges de Couches (soumis à leur autorité). Ils sont aussi partie prenante du dynamisme de création de paroisses. Au contraire, Romond (935-939) transforme des monastères en places fortes qu'il lègue...à ses fils ! Mais après lui, Gautier (975-1024) réforme le monastère de Flavigny et favorise le pèlerinage à Anzy-le-Duc sur la tombe de saint Hugues de Poitiers (†v 925/930). Haganon (1059-1098) est un homme pieux qui fonde une communauté de chanoines pauvres à Saint-Germain-en-Brionnais. Si Norgaud (1098-1112) passe son temps à se disputer avec les moines de Vézelay qui refusent de reconnaître son autorité au nom de leur privilège d'exemption, son successeur Étienne de Bâgé (1112-1139) rédige un traité sur l'eucharistie, construit l'église Saint-Lazare (l'actuelle cathédrale) pour y honorer les reliques du saint qu'un prédécesseur aurait recues au Xe siècle, et se fait inhumer à Cluny. Les siècles du bas Moyen Âge ont encore été une période importante pour Autun qui, dès l'époque des premiers ducs capétien (XIe siècle), fut un centre du pouvoir ducal, notamment un bailliage (dès 1353). Il n'empêche que l'évêque d'Autun lui-même est un seigneur féodal dont dépendent de nombreux fiefs. Même le duc lui prête hommage au XIIIe siècle pour le château d'Avallon.

Les XIVe et XVe siècles sont tout de même une période très difficile pour la Bourgogne en général et pour Autun en particulier, avec les épidémies de peste (1348-1420) et les ravages de la guerre de Cent Ans. Mais après 1440, la situation s'améliore. Autun a une douzaine de foires chaque année et une bourgeoisie importante, dont est justement issu Nicolas Rolin (1376-1462), chancelier du duc Philippe le Bon (1419-1467). Nicolas Rolin multiplie les fondations (également les acquisitions personnelles !) à Autun et dans les environs. Son fils Jean Rolin (1408-1483) devient évêque d'Autun en 1436. C'est lui qui reconstruit la partie supérieure du choeur de la cathédrale Saint-Lazare et fait édifier le clocher avec sa flèche (1469).

Autun - La cathédrale (XIIe et XVe siècle)
Autun - La cathédrale (XIIe et XVe siècle)

La cathédrale Saint-Lazare (XIIe et fin du XVe siècle)

Jusqu'au XIIe siècle la cathédrale d'Autun était l'église Saint-Nazaire, localisée à peu de distance de ce qui devint ensuite la cathédrale Saint-Lazare. On ne conserve pas d'attestation d'un quelconque culte en l'honneur de saint Lazare à Autun avant le XIIe siècle, même si une tradition veut que lesdites reliques soient arrivées au Xe siècle (entre 968 et 976). Ce Lazare, en outre, on le sait depuis la démonstration de Jacques Chocheyras, était un évêque d'Aix de la fin du Ve siècle, pas le personnage de l'évangile, frère de Marthe et Marie de Béthanie. Il est très vraisemblable que l'idée de favoriser un pèlerinage à Autun soit liée au succès que Vézelay obtenait avec les reliques de Marie-Madeleine depuis les années 1040, surtout si l'on ajoute que les relations entre cette abbaye et les évêques d'Autun ont souvent été très tendues, notamment au début du XIIe siècle. En outre les Églises avaient intérêt à se découvrir des origines évangéliques, évidemment prestigieuses.

On ne sait pas si l'initiative de construire l'église Saint-Lazare est due à l'évêque Norgaud (1098-1112), en froid avec Vézelay, ou à son successeur Étienne de Bâgé (1112-1139), mais c'est bien ce dernier qui assura l'essentiel de la construction. Il est d'ailleurs possible que la partie inférieure du choeur, romane, ait été commencée dans les années 1110-1120, selon Christian Sapin. Le chantier progressa après un changement de parti, plus ambitieux, puis transept et nef furent construits. Une consécration par le pape Innocent II intervient en 1130, mais l'ensemble ne devait être achevé - ou à peu-près - que vers 1146. La translation officielle des reliques de saint Lazare eut lieu en 1147. Dans les années 1160-1170, un superbe tombeau-reliquaire, qui occupait une bonne partie de l'abside, fut construit et sculpté pour le saint. Quelques statues rescapées de la destruction de 1766 sont exposées au Musée Rolin.

Les bonnes relations entre Étienne de Bâgé et l'abbaye de Cluny sont un facteur qui peut en partie expliquer la présence d'un vocabulaire architectural commun à Cluny III et à Saint-Lazare : voûtes en berceaux, pilastres cannelés et élévation à trois étages (grandes arcades, faux triforium et baies du dernier étage) séparés à Saint-Lazare par une corniche associée à une belle frise de rosaces au dessus de grandes arcades et, entre les deux étages supérieurs, par un bandeau longitudinal. La nef de sept travées est voûtée en berceau brisé reposant sur des arcs-doubleaux à double rouleau (sauf la première, revoûtée au XVe siècle) et les collatéraux sont couverts de voûtes d'arêtes, mais les arcs-doubleaux sont en berceaux brisés. La grammaire retenue pour le transept est la même que dans la nef. Le porche ajouré à deux travées qui abrite les escaliers permettant d'accéder à la nef a été construit à partir de 1178. Il est surmonté de salles à l'étage. L'aspect extérieur de saint-Lazare a été modifié par l'adjonction de chapelles gothiques aux XVe-XVIe siècles et par la reconstruction de l'étage supérieur du choeur en 1469, de même que par l'édification de la flèche. Les voûtes de la nef ont dû être refaites au XIXe siècle et les piliers de la croisée également repris. La croisée, surmontée d'une coupole octogonale sur trompes, est dominée par la tour que fit construire le cardinal Jean Rolin. Saint-Lazare est devenue co-cathédrale avec Saint-Nazaire en 1195.

Autun - Tympan : le Christ du Jugement dernier
Autun - Tympan : le Christ du Jugement dernier

Autun, c'est aussi la sculpture, et en particulier le fameux tympan du portail de la nef, associé au nom de Gislebertus, qui s'est désigné au linteau : Gislebertus hoc fecit. C'est une oeuvre considérable de la sculpture romane et, en même temps, le fruit d'une réflexion théologique approfondie. Le thème central en est le Jugement dernier (évangile de Matthieu, chapitres 24 et 25 ; Apocalypse, chapitre 20). Le Christ, hiératique dans sa mandorle, domine largement la scène de sa haute stature. On distingue en bas, à droite, la pesée des âmes et les supplices de l'enfer et, à gauche, l'apôtre Pierre et le bonheur du paradis. Juste au-dessus, la Vierge et les apôtres Jacques et Jean sont réunis. Au linteau, les âmes défuntes sortent du tombeau : les réprouvés sont à droite, torturés (des mains semblent vouloir tirer l'un d'eux par la tête), et les élus à gauche. Une inscription latine, au linteau, explique l'intention du concepteur, pour que le message soit bien clair. En traduction, cela donne : "Que cette terreur terrifie ceux que retient l'erreur terrestre, car l'horreur de ces images annonce ce qui les attend". La réprobation est notamment associée à différents vices nettement reconnaissables, comme la luxure (une femme dont des serpents dévorent les seins), l'orgueil (le personnage qu'une main cherche justement à hisser par la tête) et l'avarice (la bourse). Des trois voussures d'origine, deux subsistent : la première est constituée de rinceaux et la seconde comprend en alternance un zodiaque et les médaillons des travaux des mois, comme à Vézelay. Le trumeau a été refait au XIXe siècle. Au linteau de gauche figurait l'Ève couchée dans les feuillages, exposée au Musée Rolin. Des scènes relatives à la vie de saint Lazare complètent le programme. Pour la petite histoire, les chanoines avaient décidé au XVIIIe siècle que ce tympan était trop barbare. Ils le dissimulèrent donc sous une gangue de plâtre, ce qui le sauva du vandalisme révolutionnaire. Cependant, la tête du Christ étant trop en relief, elle fut préalablement retirée par les chanoines, puis retrouvée en 1948 seulement par le chanoine Denis Grivot (1921-2008), qui la remit à sa place au tympan.

Autun - Portail de la nef - tympan central (v. 1140)
Autun - Portail de la nef - tympan central (v. 1140)
Autun - Tympan : le Paradis et les Elus
Autun - Tympan : le Paradis et les Elus
Autun - Tympan : l'enfer et les réprouvés
Autun - Tympan : l'enfer et les réprouvés

Le zodiaque et les travaux des mois (de janvier à décembre) :

Mais la sculpture se prolonge aussi dans la cathédrale au niveau des chapiteaux où se reconnaît aussi la main de Gislebertus, qui sait donner aux personnages une qualité expressive remarquable et les mettre en situation. Beaucoup lui sont attribués, même si l'artiste travaillait sans doute au sein d'un atelier. Il existe encore une cinquantaine de chapiteaux dans la nef, mais une vingtaine ont été déposés et remplacés par des copies. Vingt-trois chapiteaux, dont la très fameuse Fuite en Égypte, sont exposés dans la salle capitulaire gothique. Parmi les thèmes, dont certains sont végétaux, il faut signaler : le démon qui tourmente un réprouvé, des combats fantastiques, la luxure, le rêve de Nabuchodonosor, la chute de Simon la MagicienMoïse et le Veau d'Or, l'Arche de Noé, le Sacrifice d'Isaac, la Tentation du Christ ou encore les Pèlerins d'Emmaüs. Des thème moraux et bibliques, par conséquent, dominent ce répertoire où il serait sans doute assez vain de chercher une répartition intégralement cohérente, selon Marcello Angheben qui les a étudiés.

Autun - Chapiteau roman de la cathédrale (XIIe siècle)
Autun - Chapiteau roman de la cathédrale (XIIe siècle)
Autun - Ctahédrale Saint-Lazare - Chapiteau : La chute de Simon le Magicien (v. 1140)
Autun - Ctahédrale Saint-Lazare - Chapiteau : La chute de Simon le Magicien (v. 1140)

 

Saint-Pierre-l'Estrier (XIe siècle)

Le nom "Estrier" vient de strata qui, durant le haut Moyen Âge, désignait la voie publique (romaine). C'était l'emplacement de la nécropole d'Autun pour les païens, mais aussi pour les chrétiens. Ce fut notamment la nécropole des premiers évêques d'Autun. Un mausolée établi au milieu du IVe siècle a d'abord évolué vers l'état de basilique funéraire avec nef, transept et abside. Celle-ci a été remplacée par un édifice dont ne subsiste que la nef charpentée et qui fut transformé en grange après la Révolution. La nouvelle église a été financée par le roi Robert le Pieux (996-1031) et construite en style roman vers 1020-1030. Les découvertes réalisées sur le site résultent des fouilles opérées par Christian Sapin et ses équipes entre 1975 et 1980. Elles ont permis de mieux comprendre l'évolution religieuse et architecturale d'un site de l'Antiquité tardive établi sur les restes d'une villa gallo-romaine, jusqu'à la période romane.

Autun - Saint-Pierre l'Estrier (XIe s.)
Autun - Saint-Pierre l'Estrier (XIe s.)

 

 

Ancienne Abbaye Saint-Andoche (cryptes carolingiennes)

Un xenodochium, autrement dit un hôpital, avait été fondé là à la fin du VIe siècle par l'évêque Syagrius (v. 560-599). Plus tard, on retrouve une communauté féminine au même lieu. Ce n'est cependant qu'au XIe siècle que l'établissement a été placé sous le patronage d'Andoche. Le monastère n'existe plus et seule subsiste la crypte de l'abbatiale (détruite au XVe siècle),  aujourd'hui comprise dans les bâtiments d'un groupe scolaire. La crypte jouxte une tour d'époque romaine (Ier siècle). Les caractères architecturaux de cette crypte occidentale ont conduit l'archéologue Christian Sapin à dater la construction de la fin du IXe siècle ou de la première moitié du Xe siècle. C'est donc probablement l'un des rares édifices carolingiens encore en élévation dans la région.

Autun - "Crypte" de Saint-Andoche (Xe siècle)
Autun - "Crypte" de Saint-Andoche (Xe siècle)
Autun - Crypte de Saint-Andoche (fin IXe ou Xe siècle)
Autun - Crypte de Saint-Andoche (fin IXe ou Xe siècle)
Autun - Crypte de Saint-Andoche (fin IXe ou Xe siècle)
Autun - Crypte de Saint-Andoche (fin IXe ou Xe siècle)

Chapelle Saint-Nicolas (XIe-XIIe siècle)

C'est aujourd'hui un musée lapidaire. Le plan de l'église est extrêmement simple : une nef unique non voûtée (peut-être du XIe siècle), terminée par une abside voûtée d'un cul-de-four orné d'une peinture murale datant des environs de 1120 (un Christ en Majesté accompagné du Tétramorphe). Dans l'abside du début du XIIe siècle, une série d'arcatures reposant sur des chapiteaux sculptés scandent agréablement la surface murale.

La tour Tour des Ursulines (XIVe siècle)

Cette tour octogonale bâtie sur une base gallo-romaine faisait partie du château de Riveau, établi dans un angle de l'enceinte. Celle-ci pourrait avoir été édifiée vers 1300, selon Christophe Besnier, et non au XIIe siècle, datation jusqu'ici couramment reçue. En effet, la fenêtre romane, qui prête à confusion, semble résulter d'une restauration (non documentée) réalisée au XIXe siècle.

Autun - Tour des Ursulines (XIVe s.)
Autun - Tour des Ursulines (XIVe s.)

 

 

 

 

 

Autun - Tour des Ursulines (XIVe s.) : la base romaine
Autun - Tour des Ursulines (XIVe s.) : la base romaine

 

 

Autun - Tour des Ursulines (XIVe s.) : baies gémellées en plein cintre
Autun - Tour des Ursulines (XIVe s.) : baies gémellées en plein cintre

Le Musée Rolin

Le musée Rolin est installé dans les ailes du "Bas de Beauchamp" (XVe siècle) reliées par une élégante tourelle d'escaliers et jadis intégrées à l'hôtel particulier du chancelier Rolin, tout comme le "donjon" (fin du XIVe siècle), dit "hôtel Lacomme". La visite du musée s'impose au premier chef à qui s'intéresse à l'histoire et à l'archéologie antiques et médiévales : on y admire les riches collections gallo-romaines, celles qui ont trait à l'Antiquité tardive païenne et chrétienne (avec notamment le poème de Pectorios, inscription métrique grecque sur marbre du début du IVe siècle), au haut Moyen Âge (du matériel provenant des sites de cette époque sont présentés), à l'époque romane (la fameuse Ève d'Autun ou encore la reconstitution, à partir de fragments, du Tombeau de saint Lazare réalisé vers 1170 par le moine Martin) et à la période gothique (en particulier la Nativité au cardinal Rolin du Maître du Moulin, peinte vers 1480, et la Vierge d'Autun, une merveille de la statuaire en calcaire polychrome du XVe siècle). Le musée propose aussi un film en 3D consacré au tympan d'Autun et intitulé Révélation. Le grand tympan d'Autun, qui offre un décryptage remarquable de cette oeuvre majeure de la sculpture romane du XIIe siècle.

Autun - Musée Rolin : Eve, sculptée par Gislebertus (v. 1140)
Autun - Musée Rolin : Eve, sculptée par Gislebertus (v. 1140)

 

Bibliographie générale et ressources en ligne

Commencer peut-être par consulter le site d'Autun, ville d'art et d'histoire. Lire également :

-Christian Sapin, "L’ancienne église de Saint-Pierre l’Estrier d’Autun. Problématiques archéologiques du site et du monument", Bulletin de l’Association française d’Archéologie mérovingienne, 4, 1981, p. 57-60.

-Le tombeau de saint Lazare et la sculpture romane à Autun après Gislebertus, catalogue d'exposition, Autun, 1985.

-Archéologie d'un cloître : Saint-Nazaire d'Autun, découverte du quartier des chanoines : le groupe épiscopal et canonial de Saint-Nazaire : Autun, Chapelle des bonnes oeuvres, exposition du 7 avril au 3 juin 1990, Autun, 1990.

-Hermann Kamp, Memoria und Selbstdarstellung : die Stiftungen des burgundischen Kanzlers Rolin, Sigmaringen, 1993.

-Marie-Thérèse Berthier, John-Thomas Sweeney, Le chancelier Rolin (1376-1462) : ambition, pouvoir et fortune en Bourgogne, Précy-sous-Thil, 1998.

-Jacques Chocheyras, Les saintes de la mer : Madeleine, Marthe, les saintes Maries, de la Provence à la Bourgogne, Orléans, 1998.

-Alain Rebourg, Autun antique, Paris, 2002.

-Marcello Angheben, Les chapiteaux romans de Bourgogne, Turnhout, 2003.

-Hervé Mouillebouche, "Les Hongrois en Bourgogne : le succès d'un mythe historiographique", Annales de Bourgogne, 78/2 (2006), p. 126-168.

-Id., "Un autre mythe historiographique : le sac d'Autun par les Sarrasins", Annales de Bourgogne, 82 (2010), p. 5-36.

-Christian Sapin (dir.), Bourgogne romane, Dijon, 2006.

-Olivier Bruand, Les origines de la société féodale : l'exemple de l'Autunois, France, Bourgogne, Dijon, 2009.

-Christophe Besnier, "Une construction ducale du XIVe siècle à Autun : la tour des Ursulines", dans Hervé Mouillebouche (éd.), Chastels et maisons fortes, III. Actes des Journées de castellologie de Bourgogne, 2008-2009, Chagny, 2010.

-Cécile Ullmann (dir.), Révélation : le grand portail d'Autun, Lyon, 2011.

-Danièle Bertin, Autun en dates et en chiffres, Paris, 2013.

-Guy Lobrichon, Bourgogne romane, Lyon, 2013.