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Saint-Julien-de-Jonzy

Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail : le tympan
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail : le tympan

Ancienne église priorale Saint-Julien, aujourd'hui église paroissiale

Le village de Saint-Julien-de-Jonzy, si modeste soit-il, possède deux églises romanes. Celle que l'on peut visiter est actuellement l'église paroissiale de Saint-Julien-de-Jonzy, fruit de la réunion en 1860 de deux villages : Saint-Julien-de-Cray et Jonzy. C'était l'église de Saint-Julien-de-Cray. Toutefois, ce fut surtout avant la Révolution l'église d'un prieuré bénédictin à vrai dire très mal documenté. En 1866, l'église désormais paroissiale étant devenue trop petite pour la communauté, on détruisit la nef et on la remplaça par celle que l'on peut voir, édifiée en style néoroman. Le portail de l'ancienne nef fut remonté sous l'arc qui donnait auparavant accès à la travée de choeur par la croisée. Le clocher, qui avait été construit sur la croisée, se retrouva donc en position de façade, puisque la nouvelle nef et le nouveau choeur furent construits plus à l'est, si bien que la nef actuelle se trouve dans une position inverse par rapport à l'ancienne nef. Il n'en reste pas moins que le portail a conservé l'un des principaux tympans roman du Brionnais. De l'église, les parties romanes se réduisent donc au clocher et à la façade avec son tympan, oeuvre du même atelier que celui auquel on doit le tympan du porche de l'église de Charlieu (Loire) à 17 kilomètres de Saint-Julien-de-Jonzy. Le tympan de Saint-Julien montre le Christ en gloire entre deux anges, un thème que l'on rencontre également à Montceaux-l'Étoile et à Perrecy-les-Forges, notamment. Le linteau est occupé par la représentation de la Cène : on observera que le vandalisme (un néologisme attribué à l'abbé Grégoire) des révolutionnaires n'a épargné que la tête de Judas. L'actuelle porche de l'église présente aussi des chapiteaux à décoration animale et des bases de colonne d'un style différent, beaucoup moins abouti, probablement le travail d'un atelier local, et sans doute plus ancien d'une ou deux décennies. En l'état, le clocher pourrait avoir été construit autour de 1130 et le tympan avoir été sculpté vers 1140. C'est d'ailleurs l'une des dernières grandes oeuvres sculpturales du Brionnais, si l'on excepte le tympan de Semur-en-Brionnais tout proche, d'un atelier encore différent.

Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail : le tympan
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail : le tympan
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise Saint-Julien - Le tympan
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise Saint-Julien - Le tympan
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Ange au tympan
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Ange au tympan
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Ange du tympan
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Ange du tympan
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Linteau : la Cène
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Linteau : la Cène
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Linteau : la Cène
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Linteau : la Cène
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Linteau : la Cène
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Linteau : la Cène
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail : chapiteau
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail : chapiteau
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail : chapiteau
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Portail : chapiteau
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Le clocher
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Le clocher
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Le clocher
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Le clocher
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Baies du clocher
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Baies du clocher
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Coupole sur trompes de l'ancienne croisée (porche)
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Coupole sur trompes de l'ancienne croisée (porche)
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - chapiteau du porche : les bouviers
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - chapiteau du porche : les bouviers
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - chapiteau du porche
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - chapiteau du porche
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - chapiteau du porche
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - chapiteau du porche
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - chapiteau du porche
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - chapiteau du porche
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Base de colonne
Saint-Julien-de-Jonzy - Eglise saint-Julien - Base de colonne

L'ancien village de Jonzy possédait lui-aussi son église paroissiale, et celle-ci existe encore, mais c'est aujourd'hui un bâtiment privé qui ne se visite pas. Elle est un peu postérieure à l'église de Saint-Julien et semble avoir été bâtie à la fin du XIIe siècle. Sa nef est plafonnée. Des relevés récents indiquent toutefois une épaisseur anormale du mur sud, qui pourrait être attribué à un édifice antérieur appartenant probablement au Xe siècle.

Saint-Julien-de-Jonzy - Ancien village de Jonzy et son église paroissiale aujourd'hui privée (XIIe et début XIIIe siècle)
Saint-Julien-de-Jonzy - Ancien village de Jonzy et son église paroissiale aujourd'hui privée (XIIe et début XIIIe siècle)

Bibliographie

Christian Sapin (dir.), Bourgogne romane, Dijon, 2006.

Les portails de la face nord du narthex de l'église priorale de Saint-Fortunat de Charlieu (milieu du XIIe siècle)

Il s'agit là d'une oeuvre majeure de l'art roman brionnais. La proximité de Charlieu, bien que situé dans le département de la Loire, nécessite évidemment un traitement spécial ici et justifie, selon une méthode comparatiste, que quelques explications et des photos de Charlieu soient présentées après celles de Saint-Julien-de-Jonzy. Le prieuré Saint-Fortunat de Charlieu a été fondé en 872 par un évêque de Valence du nom de Radbert. L'établissement a immédiatement après bénéficié de la protection du roi Boson vers 880. Ces deux personnages sont d'ailleurs vraisemblablement représentés au grand portail nord du narthex de l'église actuelle. Le prieuré a été affilié à Cluny dès 932. Il y eut ensuite une deuxième église, puis une troisième, celle-ci en partie conservée et édifiée dès la fin du XIe siècle. Pour le plan du chevet de cette troisième église autant que pour la sculpture des chapiteaux, l'influence du chevet d'Anzy-le-Duc est évidente ; ce sont à tout le moins deux chantiers concomitants et très liés. La nef devait être terminée vers 1115 et l'on entreprit vers 1140 la construction d'un narthex imposant qui reçut, sur la face nord, une décoration remarquable aux deux portails. Du point de vue du sens, les deux portails sont intimement liés.

Charlieu - Portails nord du narthex (v. 1150)
Charlieu - Portails nord du narthex (v. 1150)
Charlieu - Portails nord du narthex (v. 1150)
Charlieu - Portails nord du narthex (v. 1150)

Le petit portail est orné d'un tympan représentant les Noces de Cana (Jean 2, 1-12) et qui surmonte une scène de sacrifice d'animal, sans doute une allégorie de l'Ancienne Alliance. Le grand portail est pour sa part constitué d'un tympan où prend place le Christ entouré du Tétramorphe et de deux anges, un thème très clunisien. Ce tympan surmonte un linteau occupé par la Vierge, qu'accompagnent les disciples. Les roses des voussures, 24 au total, symbolisent les 24 Vieillards de l'Apocalypse (deux sont toutefois représentés à la base de la voussure, de part et d'autre). Le fondateur (Radbert) et le protecteur initial (Boson) sont peut-être figurés respectivement à droite et à gauche du linteau. Le portail est dominé par l'Agneau de Dieu, à la portée eucharistique évidente. La profusion du décor (roses, grecques, damiers de billettes, serviettes repliées...) en particulier travaillé au trépan, est parfois à la limite de la surcharge. Elle caractérise un atelier que l'on retrouve vers 1150 dans le choeur de Semur-en-Brionnais.

Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : tympan et linteau
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : tympan et linteau

À la réalisation de ces portails a notamment travaillé le fameux, mais également non moins mystérieux Atelier du Donjon, qui s'est illustré aussi, sans doute au même moment, à Saint-Julien-de-Jonzy, à Neuilly-en-Donjon tout proche (Allier) et au tympan de Chassenard (Allier) redécouvert en 2001. S'y déploie une théologie que tentaient de nier à la même époque un certain Pierre de Bruys et ses émules, les Pétrobrusiens. Il s'agit de mettre en lumière l'importance de l'eucharistie dans l'économie du salut, donc la place, évidemment, du sacerdoce dans l'Église. Or précisément, Pierre de Bruys s'était attaqué aux sacrements et à une vision cléricale, donc sacerdotale de l'Église, dans les années 1120-1130. En matière d'Écriture sainte, l'hérésiarque reconnaissait surtout de l'autorité aux quatre évangiles et beaucoup moins aux autres textes de la Bible. Pierre le Vénérable (1122-1156), abbé de Cluny, dont dépendait le prieuré de Charlieu, avait répondu vers 1141 aux arguments de Pierre de Bruys dans un ouvrage intitulé Contre les hérétiques pétrobrusiens.

Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : détail du linteau
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : détail du linteau
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : un Vieillard de l'Apocalypse (?)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : un Vieillard de l'Apocalypse (?)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : un Vieillard de l'Apocalypse (?)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : un Vieillard de l'Apocalypse (?)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : La luxure
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : La luxure
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : décor du piédroit de gauche
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : décor du piédroit de gauche
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : décor du linteau (à comparer avec celui de Saint-Julien-de-Jonzy)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : décor du linteau (à comparer avec celui de Saint-Julien-de-Jonzy)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : Le roi Boson porte l'église nouvellement fondée (?)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : Le roi Boson porte l'église nouvellement fondée (?)
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : Jean-Baptiste (à droite) et Radbert (?) à gauche
Charlieu - Grand portail nord du narthex (v. 1150) : Jean-Baptiste (à droite) et Radbert (?) à gauche
Charlieu - Portails nord du narthex (v. 1150) : chapiteau à comparer avec ceux de Saint-Julien-de-Jonzy
Charlieu - Portails nord du narthex (v. 1150) : chapiteau à comparer avec ceux de Saint-Julien-de-Jonzy
Charlieu - Petit portail nord du narthex (v. 1150)
Charlieu - Petit portail nord du narthex (v. 1150)
Charlieu - Petit portail nord du narthex : les Noces de Cana (à comparer avec la Cène de Saint-Julien-de-Jonzy)
Charlieu - Petit portail nord du narthex : les Noces de Cana (à comparer avec la Cène de Saint-Julien-de-Jonzy)

Il était donc très délicat de présenter les réalisations architecturales et artistiques majeures en Bourgogne durant le Moyen Âge sans évoquer ces portails de Charlieu qui sont associés aux ateliers de sculpture issus de Cluny III et du Donjon. Sans rien enlever à la richesse de la toute nouvelle Région Auvergne - Rhône-Alpes, le site de Saint-Julien-de-Jonzy était l'occasion toute trouvée pour une telle évocation. Du reste, il ne faut pas oublier que pour expliquer la présence à Cluny de sculpteurs capables de réaliser les chapiteaux du rond-point dans les dernières années du XIe siècle, les spécialistes ont avancé l'hypothèse de liens avec le Lyonnais et la Vallée du Rhône, la Bourgogne actuelle n'en possédant pas de cette envergure à pareille époque. De tels liens n'ont d'ailleurs jamais été rompus : il suffira de dire que l'abbé de Vézelay Renaud de Semur (1106-1128), petit-neveu de saint Hugues de Cluny, devient archevêque de Lyon en 1128 (avant de mourir dès l'année suivante) et que Benjamin Saint-Jean Vitus n'hésite pas à établir une comparaison entre la sculpture qui se déploie à Saint-Martin-d'Ainay (Lyon) et celle des tours romanes de l'abbatiale de Tournus au milieu du XIIe siècle. La Bourgogne a bien sûr fait fructifier l'héritage en l'enrichissant d'apport multiples et complexes, écrivant ainsi une page remarquable de l'histoire de l'art et de l'architecture à l'époque romane.

Il faut encore ajouter que Charlieu conserve de nombreuses maisons médiévales dont le recensement et l'étude a été faite.

Bibliographie

-Daniel Pouly, Jean-Denis Salvèque, Pierre Garrigou Grandchamp, Maisons de Charlieu, XIIIe-XIVe siècles, Charlieu, 1998.

-Christian Sapin (dir.), Bourgogne romane, Dijon, 2006.

-Guy Lobrichon, Bourgogne romane, Lyon, 2013.