Escolives-Sainte-Camille

Escolives-Sainte-Camille : un site majeur de l'Antiquité et du Moyen Âge en Bourgogne

Le site d'Escolives (un nom déjà présent dans un règlement liturgique auxerrois du VIe siècle sous la forme Scoliva), à une dizaine de kilomètres au sud d'Auxerre, a livré les témoignages d'une occupation humaine datant du Néolithique pour les traces les plus anciennes. Les découvertes commencent en 1955 de manière fortuite par l'arrachage d'un noyer au lieudit "Grippe-Soleil", qui révèle la présence d'éléments sculptés pris dans ses racines. Des fouilles sont dès lors menées durant de nombreuses années. Un matériel de l'âge du Bronze, puis de l'âge du Fer démontrent la continuité ou au moins la récurrence de cette occupation. Celle-ci se confirme à l'époque gallo-romaine, dès le début du Ier siècle, par l'aménagement d'une villa. Il s'agit d'un domaine agricole dont on trouve d'autres exemples dans la région, en particulier à Saint-Père-sous-Vézelay. La villa, de façon classique, se compose de deux parties : la pars urbana, administrative et résidentielle, et la pars rustica, le domaine exploité. Dans le cas d'Escolives, les vestiges de la pars urbana sont significatifs d'un établissement destiné à montrer la richesse des propriétaires, comme le prouve en particulier l'usage de plaquages muraux luxueux dont on a retrouvé des fragments (porphyre d'Égypte et de Grèce notamment). Néanmoins les remaniements, peut-être dus à des nécessités pratiques mais aussi aux aléas politiques et socio-économiques de l'Empire, ont été nombreux jusqu'au Ve siècle, date à laquelle l'ensemble est abandonné en tant que villa pour faire place à un cimetière à l'époque mérovingienne (VIe-VIIIe siècle).

Outre les bâtiments résidentiels ordonnés autour d'une cour à péristyle, la pars urbana était équipée d'un complexe thermal qui participait en particulier du rayonnement social des occupants. Reconstruits pour l'essentiel au IVe siècle (mais les latrines, ici en partie conservées et fort intéressantes pour l'étude des équipements thermaux et de la vie quotidienne, sont un peu plus anciennes), ces thermes livrent les éléments classiques d'une telle structure avec entrée et vestiaire (apodyterium), bains froids (frigidarium), pièce dans laquelle la chaleur était intermédiaire (tepidarium) et enfin l'étuve (caldarium). Un chauffage par hypocauste était assuré sous le sol maçonné reposant sur des piles de briques (suspensura). Les parois sont elles-mêmes chauffées par un réseau constitué de briques creuses (tubuli). Mais un autre système de chauffage coexiste à Escolives : il est effectué par le biais de canaux rayonnants dont on peut encore bien voir l'organisation sur le site.

Escolives-Sainte-Camille - Thermes gallo-romains : un Amour en train de vendanger
Escolives-Sainte-Camille - Thermes gallo-romains : un Amour en train de vendanger

Une partie des bains a été reconstruite assez tard durant la période d'occupation sur des blocs de réemploi qui ont offert un exemple remarquable de la sulpture gallo-romaine du IIe siècle en Auxerrois. Ce sont les restes d'un portique à arcades provenant de la région, admirablement sculpté d'un décor végétal et figuratif où prennent place, notamment, des Amours occupés aux vendanges. Par ailleurs, les dieux (Mars, Junon...), héros ou demi-dieu (Hercule) ou encore qualités personnifiées (la Fortune) représentés sur deux socles de colonnes appartiennent au panthéon romain, mais aussi à celui des Gaulois (Cernunos). En cela également, Escolives offre un témoignage remarquable sur les valeurs, les représentations et les activités de la civilisation gallo-romaine. Ces vestiges ont été rassemblés sous abri avec les nombreuses monnaies et autres artefacts (fibules, restes de sandales de cuirs...) mis au jour. La nécropole mérovingienne signe quant à elle l'entrée dans un Moyen Âge forgé au creuset de la rencontre entre Gallo-Romains et Barbares, Escolives apparaissant de ce point de vue comme un témoignage de transition et de continuité. Une trentaine de sarcophages (nécropole du haut Moyen Âge) ont été exhumés, mais les modes d'inhumation sur place sont divers. Il est possible qu'à l'origine de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul actuelle ait existé une chapelle domaniale primitive ou un oratoire, celui, probablement, qu'évoquent les règlement liturgiques de l'évêque Aunaire (561-605) et est attesté un espace funéraire peut-être initialement distinct du précédent et où ont effectivement été découverts des sarcophages.

Escolives-Sainte-Camille - base de colonne décorée sur quatre faces : Hercule
Escolives-Sainte-Camille - base de colonne décorée sur quatre faces : Hercule

Bibliographie et ressources en ligne

-J.-B. Devanges, "Industrie gallo-romaine en Bourgogne : sculpture, céramique, métallurgie", Archéologia, 57 (Avril 1973), p. 28-41.

-Simone Deyts, "La religion gallo-romaine en Bourgogne", ibid., p. 21-27.

-Claude Rolley, "L'art de la Bourgogne romaine", ibid., p. 42-47.

-Dossiers d'archéologie, 58 (Novembre 1981), Les villas gallo-romaines.

-Monique Prost, Pascale Laurent, Escolives-Sainte-Camille : site gallo-romain, Ier-IVe siècles, Auxerre, 1997.

-Pascale Laurent, «  155 – Escolives-Sainte-Camille », dans Jean-Paul Delor (dir.), Carte archéologique de la Gaule : Yonne 89/1, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Ministère de l’Éducation Nationale, Ministère de la Recherche, Ministère de la Culture et de la Communication, Conseil Général de l’Yonne, Maison des Sciences de l’Homme, Paris, 2002, p. 345-354.

-Ead., "Les thermes d'escolives-Sainte-Camille", dans Dossiers d'archéologie, 323 (Septembre-Octobre 2007) : Les thermes en Gaule romaine, p. 108-115.

-Escolives Sainte-Camille, Archéologie en Bourgogne, 2, DRAC Bourgogne, 2005.

-Sur les thermes, voir également le site Burgondiart.

-Sur les parures de l'époque gallo-romaine, voir ce document mis en ligne par les Musées de Bourgogne.

Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul (XIIe siècle)
Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul (XIIe siècle)

Église Saint-Pierre et Saint-Paul (XIIe siècle)

L'édifice est associé au souvenir de Camille, l'une des cinq femmes qui accompagnèrent la dépouille de Germain, évêque d'Auxerre, mort à Ravenne en 448, jusque dans la cité dont il gouverna l'Église pendant trente ans. Camille serait morte à cette endroit, tout comme Pallade ou Pallaye se serait éteinte là où se trouve à présent le village de Sainte-Pallaye, dont l'église conserve une partie du sarcophage.

L'église d'Escolives est romane, mais d'un roman tardif. Guy Lobrichon relaye l'hypothèse d'une construction sous l'épiscopat d'Alain, évêque d'Auxerre (1152-1167). On y accède par un porche ajouré d'origine (exemple assez rare de ce type, mais que l'on peut par exemple aussi voir à Vaux, près d'Auxerre, ou à Moutiers-en-Puisaye plus éloigné) qui abrite le portail surmonté d'un tympan simplement orné de l'Agneau. La nef à travée unique est couverte d'une charpente à liteaux sous crépi. Les travées de choeur sous voûtes d'arêtes se prolongent à l'est par une abside en cul-de-four. La sculpture minimaliste se réduit pour l'essentiel aux chapiteaux de la croisée, ornés d'un décor végétal. Sous le choeur existe une crypte romane à deux niveaux dont la fonction consiste surtout à compenser la pente du terrain, très forte à cet endroit. Le niveau supérieur présente trois nefs de trois travées chacune, où l'on peut voir des chapiteaux à crochets évoquant un style roman de transition. L'ensemble a été édifié durant le dernier tiers du XIIe siècle. Le clocher octogonal est de la même époque. La visite de l'église suppose de se mettre en contact au préalable avec l'ensemble paroissial Saint-Vincent dont fait partie Escolives.

Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul (XIIe siècle) : le porche ajouré
Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul (XIIe siècle) : le porche ajouré
Escolive-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul : Le tympan du portail ouest
Escolive-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul : Le tympan du portail ouest
Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre-et-Saint-Paul : l'Agneau du tympan (XIIe s.)
Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre-et-Saint-Paul : l'Agneau du tympan (XIIe s.)
Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre-et-Saint-Paul : la crypte (3e quart du XIIe siècle)
Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre-et-Saint-Paul : la crypte (3e quart du XIIe siècle)
Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre-et-Saint-Paul : la crypte (3e quart du XIIe siècle)
Escolives-Sainte-Camille - Eglise Saint-Pierre-et-Saint-Paul : la crypte (3e quart du XIIe siècle)

Bibliographie

-Christian Sapin (dir.), Bourgogne romane, Dijon, 2006.

-Id., Les cryptes en France, Paris, 2014.

-Guy Lobrichon, Bourgogne romane, Lyon, 2013.