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Pontigny

Pontigny - L'abbatiale - Le chevet (v. 1180- v. 1212)
Pontigny - L'abbatiale - Le chevet (v. 1180- v. 1212)

L'abbaye de Pontigny (XIIe-XIIIe siècle)

De l'ensemble monastique fondé en 1114 par l'abbaye de Cîteaux, dont c'était l'une des quatre filles directes avec La Ferté, Clairvaux et Morimond, il ne reste que l'abbatiale et le cellier de la fin du XIIe siècle. Mais quelle impression attend le visiteur dans cet immense vaisseau tout de blancheur qu'est l'église ! Les dimensions parlent d'elles-mêmes : 119 mètres de long hors oeuvre en comptant le narthex et 108 mètres dans oeuvre, de la façade de la nef l'extrémité du chevet ! À un mètre près hors oeuvre, c'est la longueur de l'abbatiale de Vézelay. Pontigny est la plus vaste abbatiale cistercienne avec celle du monastère d'Alcobaça, au Portugal.

Pontigny - Abbatiale cistercienne-Narthex (fin XIIe s.)
Pontigny - Abbatiale cistercienne-Narthex (fin XIIe s.)
Pontigny - Abbatiale : le portail de la nef (v. 1150)
Pontigny - Abbatiale : le portail de la nef (v. 1150)

Hugues de Mâcon fut entre 1114 et 1136 le premier abbé de Pontigny, qui eut elle-même jusqu'à vingt-deux filles. Les donations du comte de Champagne Thibaud expliquent en partie l'ampleur du projet architectural encore en élévation en ce qui concerne l'église monastique. On sait que les Cisterciens des premiers temps avaient pour principe de bannir une décoration trop voyante dans leurs bâtiments, pour mieux se concentrer sur l'essentiel : la prière et le travail manuel. L'Apologie de Bernard de Clairvaux (v. 1091-1153) adressée à son ami Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148) fait assez référence au luxe clunisien, ici critiqué, pour que l'architecture ne soit pas dépouillée autant que faire se peut. Bien sûr, la ferveur des premières décennies n'a guère survécu au XIIIe siècle. Justement, on décèle déjà à Pontigny un goût pour la grandeur, la monumentalité, même si, par ailleurs, la décoration reste il est vrai particulièrement sobre (chapiteaux à feuilles d'eau).

Pontigny - Abbatiale (XIIe-XIIIe siècle)
Pontigny - Abbatiale (XIIe-XIIIe siècle)
Pontigny - Abbatiale - nef : voûte quadripartite (v. 1150)
Pontigny - Abbatiale - nef : voûte quadripartite (v. 1150)
Pontigny - Abbatiale (XIIe siècle)
Pontigny - Abbatiale (XIIe siècle)
Pontigny - Abbatiale : collatéral sud de la nef (v. 1140-1150)
Pontigny - Abbatiale : collatéral sud de la nef (v. 1140-1150)

Un chevet beaucoup plus petit que l'actuel avait été construit vers 1140. C'est aussi au milieu du XIIe siècle, jusque vers 1160, que la nef, sans doute prévue voûtée d'arête à l'origine, fut construite, qu'on la couvrit finalement d'ogives et que l'on édifia les collatéraux voûtés d'arêtes. Puis, vers 1185, on entreprit la reconstruction du chevet, sur un plan et avec des proportions tout autres que celles du premier chevet pourtant encore récent. Ce nouveau chevet est l'un des très beaux exemples du premier gothique en Bourgogne avec quelques autres édifices, comme l'église de Vermenton (à partir des années 1160), le chevet de Vézelay (v. 1165-v. 1190), la salle capitulaire de l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre (v. 1160) et la collégiale Saint-Martin de Chablis (v. 1170-1212). Un large déambulatoire polygonal à sept pans s'ouvre sur pas moins de onze chapelles rayonnantes. Pour bien équilibrer la masse du chevet, le maître d'oeuvre utilisa des arcs-boutants, une structure qui avait fait son apparition dans l'architecture romane à Cluny peu avant 1140. Vers 1200 également, la façade de l'église a été construite pour fermer un narthex établi dès le milieu du XIIe siècle. Le cellier est quant à lui un vaste édifice de plus de trente mètres de longueur, comportant deux nefs couvertes de voûtes d'ogives.

Pontigny - Abbatiale : le sanctuaire (fin XIIe-début XIIIe siècle)
Pontigny - Abbatiale : le sanctuaire (fin XIIe-début XIIIe siècle)
Pontigny - Abbatiale : le déambulatoire (fin XIIe siècle)
Pontigny - Abbatiale : le déambulatoire (fin XIIe siècle)

La renommée de Pontigny y attira des prélats importants, anglais notamment. Hugues de Mâcon, qui était devenu évêque d'Auxerre en 1136, y fut inhumé en 1151. De 1164 à 1166, l'archevêque de Cantorbéry Thomas Becket (1118-1170), en conflit avec le roi d'Angleterre Henri II, s'y réfugia. Peu de temps auparavant, le pape Alexandre III lui-même avait trouvé refuge près de là, à Sens, dans un contexte où son autorité était contestée par un antipape que soutenait l'empereur germanique Frédéric Barberousse. En 1208, c'est Étienne Langton (v. 1150-1228), nommé aussi archevêque de Cantorbéry, qui y a élu domicile pour un temps, également confronté à l'hostilité d'un autre roi d'Angleterre, Jean Sans Terre. Enfin, Edmund Rich (1170-1240) y fit deux séjours, l'un en 1238 et l'autre à son retour de Rome, deux ans plus tard. Tombé malade non loin de la ville champenoise de Provins et décédé à l'abbaye de Soisy (Soisy-Bouy en Seine-et-Marne), il se fit enterrer à Pontigny, selon ses voeux. D'ailleurs, dès 1246, il était canonisé et désormais connu sous le nom de saint Edme, ce qui impulsa un mouvement de pèlerinage à Pontigny. La prospérité ne dépassa pourtant guère le XIIIe siècle : la guerre de Cent Ans puis les déprédations effectuées par les Huguenots en 1567 en pleine guerre de Religions portèrent des coups fatals à l'établissement, qui survécut cependant jusqu'à la Révolution française.

Bibliographie

-Alain Erlande-Brandenbourg, Abbayes cisterciennes, Paris, 2004.

-André Tallon, Arnaud Timbert, "Les arcs-boutants du chevet de l'abbatiale de Pontigny : nouvelles observations", Bulletin Monumental, 166/2 (2008), p. 99-104. Article en ligne.

-Terryl Nancy Kinder, L'abbaye de Pontigny, Paris, 2010.

-Voir également le site des Amis de Pontigny.